
La génétique est commune à tous les organismes vivants. Est définie par génétique, la transmission de gène ou l’étude des gènes. Or, tous les reptiles, mammifères et oiseaux ont des gènes dans leurs cellules, dans leur ADN.
Ainsi, des couleurs, motifs, traits physiques, peuvent être liés à des gènes transmissibles. En étudiant la génétique, on peut prévoir certains résultats de reproductions d’animaux.
Au sein des reptiles élevés en captivité, de nombreuses espèces ont des motifs (parfois appelés pattern) et couleurs liés à des gènes. C’est pourquoi il nous paraît important de rédiger une explication détaillée, mais quand même vulgarisée, du fonctionnement de la génétique et des termes associés. Vous pourrez ainsi plus facilement choisir vos spécimens si vous avez un projet de reproduction, et en anticiper le résultat !
Vous trouverez ici une explication et des définitions des termes liés à la génétique, communs à tous les êtres vivants. Ensuite, pour chaque espèce, il vous faudra étudier le nom des différents gènes. Nous proposons également des pages explicatives pour les espèces de reptiles les plus courantes !
Mais commençons par le début : c’est quoi un gène ?
- Cellule, chromosomes, ADN… La base d’un être vivant.
- Quelle différence entre sélections et mutations ?
- Hétérozygote et homozygote
- Caractères des gènes : dominant, récessif, dominant incomplet
- Transmission des mutations des reptiles par la reproduction
- Pourquoi faut-il apprendre en plus les mutations de chaque espèce ?
Cellule, chromosomes, ADN… La base d’un être vivant.
Pour vulgariser au mieux et rendre accessible ces informations au plus grand nombre, il nous paraît important de visualiser comment fonctionne un être vivant, sans non plus aller dans de la biologie ultra poussée rassurez-vous.
Chaque animal est composé de milliards de cellules. Au sein de chaque cellule, se trouve des chromosomes. Ces chromosomes sont en nombre variable selon les espèces, mais ils viennent toujours par paire. Au sein d’une paire, un chromosome est apporté par le père, et l’autre par la mère. C’est un concept important pour la suite !

Chaque chromosome est composé d’ADN. L’ADN est représenté comme une hélice, composée de nombreuses protéines qui forment des séquences précises. Une “séquence” est un gène : une information codée. Si on coupe un gène au sein d’un chromosome, on perd de l’information.
Tout est codé dans l’ADN : couleur, morphologie, taille adulte, fonctionnement de l’organisme, développement osseux, forme des écailles… La formation complète d’un être vivant repose sur l’ADN.
Et dans le cas qui nous occupe, de nombreuses couleurs et motifs des reptiles dépendent de gènes présents dans l’ADN !
Quelle différence entre sélections et mutations ?
Pour obtenir un “trait” visuel précis, disons par exemple une couleur de gecko léopard, on peut utiliser deux méthodes :
- La sélection,
- Les mutations.
Toutes les deux dépendent des gènes, mais leur transmission est différente.
La sélection est dite “polygénique”. Ce n’est pas un seul gène avec une transmission précise qui est en jeu. Si l’on reproduit ensemble deux spécimens d’une sélection, on ne va pas forcément retrouver 100% de bébés avec la sélection des parents. On aura un résultat un peu mélangé, voir aucun spécimen qui aura les traits des parents.
Quand on travaille avec des mutations, ce sont par contre des gènes précis, avec un mode de transmission connu. Par exemple, deux spécimens de mutation Albinos donneront toujours des albinos.
Les mutations, comme leur nom l’indiquent, sont une variation (mutation) d’un allèle (disons un gène pour simplifier). Ainsi, le gène de couleur principale a muté chez certains spécimens pour devenir le gène de l’albinisme, qui annule la production de mélanine. Cela donne donc des spécimens sans teinte foncée.
Les mutations ont un mode de transmission connu, répétable, et donc facile à anticiper. Il faut toutefois connaître le caractère de la mutation que l’on veut reproduire pour bien choisir ses spécimens et anticiper le résultat de la reproduction.
Mais avant cela, il est primordial qu’on vous donne une autre info de vocabulaire avant de continuer : hétérozygote et homozygote.
Hétérozygote et homozygote
C’est important à comprendre avant d’expliquer le caractère des gènes.
Voici les définitions scientifiques pour commencer :
- hétérozygote (het) : individu dont les deux exemplaires ou allèles d’un même gène sont différents.
- homozygote (homo) : qualifie un individu ou un noyau cellulaire, dont les chromosomes d’une paire possèdent deux gènes allèles identiques.
Définitions de l’académie nationale de Médecine.
En image c’est plus clair ! Ci-dessous, vous trouvez à gauche deux exemples de paires de chromosomes homozygotes. Celle de gauche est homozygote pour le gène B (indiqué ainsi en BB), et celle de droite homozygote pour le gène b (exprimé en bb). Le même gène est identique sur les deux chromosomes de la paire.
À l’inverse, à droite de l’image, vous avez deux paires de chromosomes hétérozygotes. Chaque chromosome a une version différente du même gène, B ou b. Chaque chromosome de chaque paire a une version de gène différente (un allèle différent). L’allèle est la variation d’un gène (même emplacement au niveau de l’ADN).

Et donc, qu’est-ce que ça change pour nos reptiles de savoir s’ il est hétérozygote ou homozygote pour un gène ? En gros s’il y a une seule ou deux copies du gène ? Et bien selon le caractère du gène en question, ça change tout en termes de projet de reproduction !
Caractères des gènes : dominant, récessif, dominant incomplet
Le caractère du gène définit comment celui-ci s’exprime, en fonction de s’il est présent en homozygote ou hétérozygote dans l’ADN du spécimen.
- Gène dominant : s’exprime de la même manière en hétérozygote ou homozygote.
- Gène récessif : s’exprime uniquement en homozygote,
- Gène dominant incomplet : résultat visuel différent selon s’il est hétérozygote ou homozygote.
Illustrons cela avec un Python royal et en prenant comme exemple le gène de l’albinisme. Chez le Python royal, c’est un gène récessif, mais le but est ici de montrer l’expression en fonction du caractère, on va donc l’utiliser pour illustrer les différents caractères.
La coloration d’un spécimen classique, sans mutation exprimée, est celle-ci dans notre exemple :

Voici le résultat visuel en fonction de si ce même gène est présent en hétérozygote ou homozygote, en fonction de son caractère (pour rappel, nous utilisons pour illustration un caractère fictif, pas le caractère réel du gène Albinos chez le Python royal).

Nouveau point vocabulaire débloqué :
- Phénotype : l’ensemble des gènes qui sont exprimés (visibles) sur un animal.
- Génotype : ensemble des gènes connus présents, même non exprimés.
Pour notre spécimen Albinos récessif par exemple, son phénotype est Albinos, et le génotype homozygote Albinos.
Mais quand on a plusieurs gènes, le génotype est d’autant plus important. On peut avoir un Albinos dont le génotype complet est : Albinos het Desert Ghost + Piedbald (deux autres mutations récessives du Python royal). Vos possibilités de reproduction sont alors plus larges que si vous connaissiez uniquement les gènes exprimés ! De même, comme on va le voir juste après, le ratio d’une ponte est différent si un gène dominant est présent en hétérozygote ou homozygote.
Ainsi, il est important de connaître le caractère d’un gène pour pouvoir anticiper le résultat d’une naissance et surtout choisir ses reproducteurs.
Car oui, il reste un dernier point à comprendre : c’est la transmission des gènes lors de la reproduction.
Transmission des mutations des reptiles par la reproduction
Comme on l’a vu plus tôt, chaque cellule est constituée d’un noyau qui contient de l’ADN. Chaque chromosome d’une paire est hérité des parents. Pour chaque paire, un chromosome a été amené par le spermatozoïde du père, et l’autre par l’ovule de la mère.
Ainsi, en fonction de la génétique des parents, de s’ils sont homozygotes ou hétérozygotes pour certaines mutations, il est possible de connaître le résultat visuel d’un accouplement de reptiles.
La transmission des gènes est toujours identique, quel que soit le caractère de celui-ci. C’est ce qu’on nomme le ratio, l’expression des gènes au sein de la ponte, qui varie en fonction des caractères des mutations en jeu.
Pour bien comprendre, ayez en tête que lorsqu’un spécimen génère des gamètes (ovules ou spermatozoïdes), chaque paire de chromosome est divisée pour n’avoir qu’un chromosome de chaque paire dans chaque gamète. Les paires se reformeront lorsqu’elles se combineront avec les gamètes de l’autre spécimen lors de la fécondation.
Ainsi, la présence d’un gène en homozygote ou hétérozygote est important. Dans un cas, il sera transmis à 100% des petits, dans l’autre cas, à seulement 50%.
Voici quelques schémas explicatifs pour bien visualiser cela.


Maintenant passons à un cas réel en reprenant notre exemple du Python royal Albinos. Cette fois, nous respectons son caractère récessif.
Premier exemple : un spécimen homozygote Albinos et un spécimen classique (le phénotype classique est dominant).
Comme l’albinos est un gène récessif, bien qu’il soit présent en hétérozygote chez tous les petits, seuls des petits classiques seront obtenus.

À l’inverse, si on remplace le gène récessif Albinos par le gène dominant Leopard, on a toujours 100% de spécimens hétérozygote Leopard, mais visuellement 100% de petits Pythons royaux Leopard. D’où l’importance de connaître le caractère !
On résume souvent cela de cette manière :
- Mutations récessives : le gène doit être présent chez les deux parents pour ressortir chez les petits.
- Mutation dominante : un seul parent suffit pour l’obtenir chez les petits.
- Mutation dominante-incomplète : un seul parent suffit mais il en faut deux pour obtenir les formes homozygotes.
Pourquoi faut-il apprendre en plus les mutations de chaque espèce ?
Comme vous l’avez compris, il est important de connaître le caractère d’un gène pour prévoir un plan de reproduction. Et pour cela, pas d’autre choix que d’apprendre les mutations de l’espèce que vous voulez reproduire, et le caractère associé !
Des mutations sont communes à de nombreux reptiles, comme :
- Albinisme (Albi/Albinos) : pas de production de mélanine, yeux rouges.
- Anerythristique (Anery) : pas de production de pigments rouges, donnant des spécimens majoritairement gris,
- Mélanisme : surproduction de pigments noirs.
- Hypomélanisme (Hypo) : réduction (mais non absence) de mélanine, couleurs plus claires qu’un spécimen classique.
Bien que ces mutations soient communes au sein du monde vivant, leur mode de transmission varie parfois ! Par exemple, le gène de l’albinisme se trouve chez ces espèces de reptiles :
- Python royal,
- Serpent des blés,
- Gecko léopard,
- Morelia spilota,
- Lampropeltis sp.
Son mode de transmission est d’ailleurs identique, il est récessif chez tous ces reptiles.
Par contre, le gène Hypo est également commun à ces espèces, mais il dominant incomplet chez le Python tapis et récessif chez les autres.
Idem pour le phénotype appelé Stripe (ligne) que l’on retrouve chez différentes espèces, avec un caractère différent :
- Serpent des blés : récessif (et allélique avec le Motley),
- Boa des sables : dominant,
- Gecko gargouille et gecko léopard : sélection.
Ainsi, une même dénomination peut être utilisée pour désigner un phénotype similaire chez différentes espèces. Mais ce n’est pas pour autant que cela fonctionne de la même manière génétiquement !
La compréhension de la génétique est un premier pas primordial pour bien prévoir un projet de reproduction qui met en jeu ces principes. Ensuite, il s’agit de se renseigner sur les noms spécifiques à l’espèce souhaitée !
L’élevage de reptiles nous emmène au final à apprendre des notions de biologie que l’on aurait pas crû intéressantes à retenir durant nos cours de SVT/biologie !
C’est pour cela que sur chaque fiche d’animal proposé sur notre boutique, vous trouverez sa génétique complète connue. Vous pouvez même filtrer par mutation, pour trouver plus facilement le spécimen qui correspond à votre projet !
Et si jamais ce genre de chose ne vous intéresse absolument pas, bonne nouvelle ! Il y a aussi de nombreuses espèces sans mutations connues. L’élevage conservatoire, dans un but de reproduction en captivité d’espèces rares dans la nature, prenant uniquement en compte la filiation des parents (limiter la consanguinité pour assurer la pérennité des souches), est également un très beau projet.
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, notamment sur les calculs de ratios, sur comment on teste le caractère d’un nouveau gène, les mutations létales et la consanguinité, mais on va déjà vous laisser assimiler tout ça 🙂 N’hésitez pas à poser vos questions en commentaires !
Pst : si vous êtes fan de serpent des blés et que la génétique vous intéresse, on a le livre qu’il vous faut sur la boutique 😉

